Au-delà de cette limite votre ticket n’est plus valable, Romain Gary.

Ça y est, le moment est venu. Je vous parle d’un livre de Romain Gary. Je vais faire cette article en deux temps. D’abord, je compte vous faire une petite biographie car elle est primordiale pour comprendre l’oeuvre de Romain Gary. Et ensuite je vais vous parler du livre : Au delà de cette limite votre ticket n’est plus valable publié en Folio à 6,99 €.

Romain Gary n’a connu que sa mère et a grandi avec un beau père dont il a pris le nom. Car il faut savoir que « Romain Gary » n’est pas sont vrai nom. Roman Kacew est ainsi le prénom choisi par sa mère. Il l’a changé pour de multiples raisons la première étant pour devenir « plus français » et mieux se faire accepter. En russe « Gary » est signifie « brûle ». Il faut savoir que l’on sait peu de choses sur l’enfance sur Roman Kacew, et les choses que l’on sait sont floues. On ne sait pas réellement qui est son père, on sait pas où il est né. Et cet auteur a toujours entretenu ce mystère. On sait juste que l’amour maternel va lui permettre de se surpasser mais sera aussi une pression terrible pour Roman. Né en 1914, il déménage avec Nina, sa mère en 1928, en France à Nice. Nina est profondément convaincue que dans ce pays, son fils pourra avoir une grande carrière. En 35, il est naturalisé français et va s’engager dans l’aviation française lors de la seconde guerre mondiale auprès du Général de Gaulle qu’il admire. En 41 sa mère meurt. Fait étonnant, cette dernière a prévu de lui faire envoyer des lettres après sa mort durant trois ans. Ce stratagème a très bien fonctionné. Après la guerre, Kacew publie Éducation Européenne aux éditions Calmann Lévy. En 56, il reçoit son premier prix Goncourt pour Les racines du ciel. C’est avec La Promesse de l’aube que Gary va vraiment se lancer en tant qu’écrivain et va se faire réellement connaître. Dans ce livre autobiographique, il va nous décrire sa relation avec sa mère.

« Avec l’amour maternel, la vie vous fait à l’aube une promesse qu’elle ne tient jamais. »
La promesse de l’aube

Dans toutes ses oeuvres, Gary est très engagé : dans Chien Blanc paru en 70, il dénonce le racisme envers les noirs omniprésent. De plus, la plupart de ses livres sont auto biographique. Si je reprends l’exemple de Chien Blanc, l’histoire se passe lorsqu’il est à L.A avec sa femme, Jean Seberg (actrice) qui est en tournage. Ils sont restés mariés 7 ans et ont eu un fils : Alexandre Diego Gary. Bon voici l’une de mes photos préférées de Romain Gary :

jean-seberg-romain-gary-chemin

Gary a toujours énormément aimé les femmes. Ou plutôt la femme, dans son ensemble. Et l’amour a aussi occupé une place importante dans sa vie.

« La seule chose qui m’intéresse, c’est la femme, je ne dis pas les femm ou es, attention, je dis la femme, la féminité. Le grand motif, la grande joie de ma vie a été l’amour rendu pour les femmes et pour la femme. »
Le sens de ma vie

Bon dernière information concernant Roman Kacew, c’est son utilisation de pseudonymes dont le plus connu est Emile Ajar. Son but était de voir si les gens achetaient ses livres parce qu’il y avait marqué Romain Gary dessus ou bien pour la qualité de son travail. On n’a su qu’Émile Ajar était Romain Gary quelques mois avant son suicide dans un entretien pour la radio.  C’est son petit cousin qui va le remplacer dans les médias. François Mermon, Lucien Brûlard, Fosco Sinibaldi ainsi que Shatan Bogat font partis de sa liste de pseudo même si seulement les deux derniers ont servi pour publier. En 75, Émile Ajar reçoit le prix Goncourt pour La Vie Devant Soi mais il va le refuser la veille de sa remise. C’est la seule fois où un auteur a reçu deux fois le prix Goncourt.

« Je me suis mis à inventer chaque jour des personnages que je n’étais pas, pour parvenir à encore moins de moi-même. »
Pseudo

Au-dela-de-cette-limite-votre-ticket-n-est-plus-valable

 « Jacques Rainier, 59 ans, industriel, est aux prises avec des difficultés dans ses affaires au moment même où sa liaison avec Laura, une jeune Brésilienne, lui fait vivre ses jours les plus heureux. Un matin, à Venise, les confidences cyniques et angoissées d’un homme de son âge obsédé par le mythe de la virilité et le déclin sexuel éveillent le soupçon en lui-même, sur lui-même. La peur de l’impuissance, d’abord insidieuse, ensuite envahissante, destructrice, ne le quitte plus. »

Publié pour la première fois en 75.

Ce livre parle du déclin de l’Homme. de la peur de vieillir et de ne pas être capable en tant qu’homme d’assouvir les désirs de sa compagne. Jacques Rainer est très amoureux de Laura mais au même moment ses affaires vont mal et il est confronté à son impuissance sexuelle. Il arrive à un moment de sa vie où il va se remettre en question concernant sa vie actuelle et ses performances versus sa vie à 20 ans. Il veut rester un jeune homme avec toute son énergie.

 » J’avais une fois de plus la sensation d’être aux prises avec un cynisme et implacable qui n’était nullement celui du médecin mais d’une hostilité immanente et insaisissable qui jouait avec la vie, l’amour et la passion des élans généreux, un jeu haineux de mépris et de dérision. »

En effet, le personnage principal va voir un médecin mais refuse de faire face au vieillissement de son corps. Il veut vraiment continuer à combler sa partenaire. C’est aussi dû à son amour profond pour Laura. C’est un roman plein de tendresse.

 » Elle s’est endormie dans mes bras. Je n’ai jamais reçu de plus beau don que cette façon qu’elle avait de dormir sur ma poitrine dans une attitude de confiance et de sécurité totale. »

Surtout que Laura est plus jeune que lui de 30 ans. Cela va accentuer son problème d’impuissance dans le sens où il va se mettre une pression forte. Ce qui rend ce livre vraiment beau à mes yeux est ce phénomène de vouloir être toujours au meilleur de sa forme tout au long de sa vie alors qu’il faudrait accepter le fait qu’on vieillit. S’ajoute à cela l’amour et la tendresse que l’on savoure d’autant plus lorsqu’on atteint un certain stade de notre vie.

 » Reste ainsi. Ne bouge pas. Que ce soit pour toujours. Donne-moi ton souffle. De petites éternités égrènent leur infini sous mon poignet et pour une fois elles ne parlent pas du temps qui passe mais de celui qui s’est arrêté au bonheur. »

Gary va expliquer aussi la pression que nous impose la société : la recherche de la virilité à tout prix, le fait que les femmes sont « des bouts de viandes » et que les hommes les dénigrent lorsqu’ils en parlent entre eux. L’auteur, avec son amour de la femme, va tenter de les défendre face à cela. La relation de Jacques avec Laura va nous montrer que malgré la différence d’âge et les problèmes physiques, la tendresse et l’amour sont primordiaux pour être heureux.

 » Dès qu’un homme se met à me parler « femmes », au pluriel, sur un ton de complicité masculine entre connaisseurs de viande sur pied, je ressens à son égard une montée de haine presque raciste. Et j’ai toujours eu horreur de ces racolages confidentiels qui impliquent la fréquentation des mêmes bas-fonds psychologiques. »

Et oui, Roman Kacew nous donne aussi son image du bonheur. Il ne faut pas en avoir peur et savoir profiter lorsqu’il est là. Ce que nous faisons plus dans nos sociétés actuelles ou du moins, nous ne savons plus apprécier le bonheur à sa juste valeur car nous en demandons toujours plus (aux autres ainsi qu’à soi même). Kacew associe le bonheur à l’amour.

 » Il paraît qu’il ne faut pas avoir peur du bonheur. C’est seulement un bon moment à passer. »

Ce livre parle évidemment de la peur de Romain Gary et 5 ans après il suicide. Ce livre est vraiment à découvrir même si ce n’est pas le plus facile à lire en premier si vous n’avez pas lu de Romain Gary. Il est très sombre malgré l’espoir que place l’auteur en l’amour. Même si je vous ai peu dit, j’espère que vous allez lire du Gary. C’est un auteur qui me passionne déjà avec sa vie qu’on retrouve dans chacun de ses livres mais aussi par son humour toujours présent. Malgré des oeuvres pessimistes à la fin de sa vie, on retrouve toujours l’espoir. L’espoir d’être heureux et de trouver l’amour. Je trouve que sa dénonciation de la société est très juste.

Bonne lecture,

J.

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